...Suis-je un écrivain?

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Message  Le maitre du jeu le Ven 25 Nov - 22:03

Voila, j'ai commencé à écrire. J'ai un projet de roman. Ou de cinq romans, je sais pas... Enfin voila. J'ai besoin de vous. C'est bizarre, vous savez, j'ai déjà écrit deux trois truc, mais rien ne me plaisait. Et là...J'ai eu un flash. Et j'ai un projet. Pour la première fois de ma vie, j'ai un projet clair pour mon écriture. Je sais pas si c'est Proust, Perec ou mon prof de français. Mais j'ai écrit le trois première page de mon première roman.Où de la première partie de mon premier roman.Je sais pas, mais se sais que c'est le bon. C'est mon projet. J'ai besoin de vous: est ce que c'est aussi clair que ça? Je suis, pour la première fois, satisfait de ce que j'écrit. J'en appelle à votre jugement sur mon incipit. J'éspère qu'il n'y à pas de fautes énormes, mais j'ai fait des progrès, quand même.Non? Soyez sans pitié avec moi: j'ai besoin d'un avis constructif.


Le Professeur



Si vous vous étiez trouvé dans les jardins Saint-Paul,dans le quatrième arrondissement de Paris, vers midi et quart un lundi, sur le banc vert devant le magasin d'antiquité Venus sur Cours de la cour bleu, vous auriez vu passer un homme rondouillard, aux cheveux frisés légèrement dégarnis, trottinant sur le pavé, sa cravate bleu sautillant sur son ventre rond. C'était monsieur Gabriel Poine, professeur émérite de la Sorbonne, et accessoirement, professeur tout aussi émérite de latin au lycée Charlemagne.Il se hâtait, comme tous les lundis, vers le petit restaurant japonais de la rue Charle V pour y manger, comme toujours, un menu B ("Comme brochette", plaisantait-il à chaque fois avec la serveuse), qu'il réglerait, selon son habitude, en carte bleu, il laisserait un euro de pourboire dans la serviette en papier savamment pliée en fleur de lotus, comme il le faisait lorsqu'il laissait un pourboire, ce qui, disons-le, arrivait assez souvent. Puis il se presserait vers la Sorbonne pour dispenser son cour d'étude des hiéroglyphes. Ce petit rituel nécessitait une organisation minutieuse. Le moindre contre-temps le faisait arriver en retard à son cours d'étude des hiéroglyphes. Or il mettait un point d'honneur à êtres toujours à l'heure pour les six élèves de son cours de lecture des hiéroglyphes. Mais plutôt que de demander à l'un ou l'autre des établissements de changer son emploie du temps d'une année sur l'autre, il insistait chaque année pour que ses horaires restent fixé à la même place, maintenant depuis maintenant quatre ans ce rituel immuable. Car il l'aimait, ce rituel. Il aimait entendre le propriétaire de Venus sur cours dire à la gérante du café Comme à la maison « Tiens, voilà m'sieu Poine! Il est en retard. »; il aimait entendre la serveuse du restaurant dire, en japonais, au cuisinier « Et celui-là passe en priorité - Hé! Pourquoi? J'ai des sushis à préparer pour la six, moi » et la serveuse de répondre, immanquablement, « Mais si, c'est pour le professeur, tu bien qu'il est pressé ! -Haa, monsieur Poine! Mais pourquoi ne me l'as tu pas dit plus tôt! »; et il aimait ouvrir le papier doré du bonbon à la menthe qu'il avait eu avec la note, et le laisser fondre sous sa langue alors que ses pas le portait vers la Sorbonne. Voilà comment ce passait chaque lundi midi de la vie de Gabriel Poine, même pendant les vacances et les jours fériés, non pas qu'il travaillât, mais il venait pourtant manger dans ce restaurant, à la même heure. Le lundi était le jour du restaurant japonais comme le vendredi était le jour des endives au jambon.


Gabriel Poine était donc professeur. Il enseignait le latin aux secondes du lycée Charlemagne. Il parlait le français, le latin, le grec moderne et ancien, l'allemand, l'italien, le flamand, le suédois, le mandarin, le japonais et le croate. Son anglais était déplorable. Il prêchait sa matière plus qu'il ne l'enseignait. Il récupérait des élèves arriver soit là forcé par une quelconque autorité parentale, soit par hasard,s'étant laissés porter vaguement par un professeur de collège au travers de textes latins qu'ils ne voyaient que de loin, entrant en classe avec l'air de dire « J'ai vu de la lumière, je suis entré », regardant passer les formes latines comme si ils avaient été des oiseaux. De cette bande de bras cassés, il avait l'ambition - modeste, certes – de faire des latinistes non pas compétant, mais convaincus. Alors que ses collègue s'échinaient à faire rentrer dans la tête des élèves rétif des déclinaisons et des conjugaisons, il les glissait subtilement à leurs oreilles. Il leurs faisait lire Plaute, Ovide ou Pétrone en français. Il leurs faisait traduire, ou plutôt leur traduisait, des passages de l'Eneide et des Métamorphose. Et peu à peu, sans s'en rendre compte, les élèves en venait à aimer d'abord se professeur qui ne donnait pas de devoir, puis, presque naturellement, la matière qu'il enseignait. Si à la fin de l'année, ses élèves décidaient de continuer une année de plus le latin et avaient appris ne serait-ce que la première des cinq déclinaisons latines, il s'estimait comblé, quand bien même ses élèves avaient un niveau de latin à faire s'étrangler un curé de campagne qui ne sait rien dire d'autre que ses patenôtres en latin, mais les dit remarquablement bien. Était-ce un bon professeur? C'était un professeur intéressant et aimant sa matière, ce qui n'est déjà pas mal.Il en allait de même pour ses cours d'étude des hiéroglyphes à la Sorbonne. Il faisait cours pour six élève en moyenne. Une année, on était monté jusqu'à onze – une véritable foule! - Mais suite aux désistement, on était retombé à huit, ce qui est bien plus intime. Il se battait pour le maintient de sa matière avec toute l'énergie que sont capable de déployer les êtres de sa trempes. Non pas qu'il ne puisse enseigner une autre matière, mais s'était une question de principe. Lors d'une grève étudiante, il était tombé à un élève en cours, et il avait fait cours à un élève. Il y avait ainsi une sorte de grandeur chez le professeur Gabriel Poine, maître incontesté et magnanime de sa classe. Une grandeur de général, d'empereur même. Il était en quelque sorte un César anonyme de l'Éducation Nationale.


Gabriel avait de nombreux amis. Quatre, pour être précis. C'était des amis de la fac, qui étaient restés en contact. Ils se réunissaient dans de petits restaurants, dans de petits café, ou dans le petits appartement de Gabriel, « Leurs restaurant préféré: Chez Poine », comme ils disaient. Car Gabriel, comme tous les gros, cuisinait très bien. Magret de canard à l'orange et au soja, fricassé de dinde, Veau orlof, bœuf bourguignon, tajin... Tout semblait à sa porté dans sa minuscule cuisine que sa carcasse emplissait presque entièrement. Et pourtant il tournoyait dans cette espace réduit et réussissait des miracle culinaire. Le cercle des amis de Gabriel était aussi hétéroclite que possible: Michel était écrivain, André était camionneur et Romain était fonctionnaire dans un ministère. Voilà qui était les compères qui se retrouvait rue des Blanc- Manteaux. Gabriel avait un quatrième ami, mais une dispute avec Michel l'avait fait fuir le cercle d'ami peu après la sortie de l'université. Il ne l'avait pas revue, mais Gabriel, avec sa bonté habituelle le considerait toujours comme son ami.


Gabriel Poine était un de ces êtres tellement insignifiants à l'échelle du monde qu'ils en deviennent essentielle à leur propres échelles, sans pourtant s'en rendre compte. Gabriel disait d'ailleurs souvent que le monde tournerait bien sans lui. Certes, il aurait tourné sans lui, rond ou pas. Mais sans Gabriel Poine, le propriétaire du magasin d'antiquités Venus sur cour et la gérante du café Comme à la maison, la serveuse et le cuisiner du restaurant japonais de la rue Charles V, ses élèves de seconde et les six élèves de son cours d'étude des hiéroglyphes, de même que le petit cercle de Blanc-Manteaux auraient vus leurs univers irrémédiablement bouleversés. Il était le grain de sel qui différencie une bonne soupe d'une soupe excellente, le gélifiant qui rend les flans pâtissiers si ferme et moelleux, le verre de rouge qui vient rehausser le goût d'un bon fromage. Gabriel Poine n'était rien, mais il était si content de n'être rien, il y mettait tant d'énergie, qu'il était quand même quelque chose.


Il était gros, plutôt petit. Il avait des cheveux frisés qui commençaient à ce dégarnir sur le dessus du crâne. On avait du mal à lui donner un âge tellement sa physionomie présentait à la fois des signe de l'âge et de caractères poupons , il aurait pu avoir trente-cinq ans comme il aurait pu en avoir quarante-cinq. Il en avait trente et un. Comme tout le monde, il avait eu ses rêves, ses envies. Il avait eu les cheveux longs, il avait promis de changer le monde. Mais Gabriel n'y avait jamais vraiment cru, et lorsque qu'il fut rentré dans son travail de professeur, qu'il aimait, que sa petite routine fut établie, il s'installa confortablement dans son habitude et laissa les rêves filer. Il n'en était pas moins heureux. Comme il rêvait moins aux grandes choses qu'il pourrait faire, il trouvait la satisfaction dans le petites choses qu'il faisait. Il aimait lire, il aimait enseigner, il aimait manger et écouter une musique calme. Il aimait glisser ses pied dans des pantoufles chaudes en descendant de son lit le matin. Il aimait les illustrations des vieux dictionnaires qu'il collectionnait. Il aimait s'assoir sur un banc dans un parc le jours des vacances et écouter, voir, sentir le relâchement ambiant. Il aimait s'assoir seul à la table d'un bar, prendre une bonne bière et se laisser assoupir par la tiédeur du lieu et entendre peu à peu chacune des conversation du bar se fondre en un unique et continue bruit de fond. Bien sur, il y avait des choses qu'il n'aimait pas, comme laisser un seul petit pois dans son assiette, ou le livres écorné à la bibliothèque. Il n'aimait pas non plus avoir froid au pied gauche la nuit ni avoir chaud au pied droit. Mais les choses qu'il aimait était si banales, si fréquente, si quotidienne que chaque jour était plein de minuscule satisfactions qui le rendait pour ainsi dire heureux.
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Message  Cimmar le Lun 28 Nov - 19:36

Tout d'abord, je te prie d'excuser ma réponse tardive, le week-end fut bien rempli (dms de physique, dm de maths, révisions pour les colles... bref, le week-end habituel du taupin).

Ensuite, mon avis : je trouve que c'est un début intéressant, tu arrives à rendre le personnage sympathique très rapidement et puis, on se demande ce qui pourrait arriver dans une vie si bien rangée, on attend donc la suite avec impatience. Il subsiste encore quelques fautes, malheureusement, mais effectivement, on sent que tu as fait des efforts pour discipliner ton écriture. Et puis, mais ça c'est très personnel, je trouve qu'il y a certains mots qui sont répétés un peu trop (mais je suis quand même très pointilleux).

Voilà, voilà. Donc un début qui donne envie d'en apprendre plus et une histoire qui s'annonce intéressante, et de gros efforts pour ton écriture.

Je te souhaite bon courage pour tes études et pour réussir à écrire la suite et je te dis à la prochaine !

P.S : Et Skyward Sword, ça se passe comment ?
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Message  Caliope le Jeu 1 Déc - 1:25

Comment j'avais pas vu le message \o/

Alors, j'ai bien aimé. Tu as un style très sympathique, fluide, c'est facile de rentrer dedans.
Je me demande par contre comment tu vas réussi à faire glisser doucement vers le début des péripéties, où ces tournures de phrase seront bien moins efficaces que dans un incipit ^^ mais ça, ce sera le suspens pour plus tard =p

Ensuite, ton orthographe. C'est vrai qu'elle s''est beaucoup améliorée ! Bravo à toi, on voit que tu as fait de gros efforts là-dessus. Quelques vilaines persistent, mais avec quelques relectures et une ferme envie de leur tordre le cou, tu devrais les dénicher ^^

Il y a quelques petits points qui m'ont titillée pourtant ^^ (et puis tu as demandé des critiques, alors je critique).
De un : quelques petites phrase m'ont fait tiquer. J'en mets une seule car je ne me souviens plus des autres et qu'il est tard Cool
"Car Gabriel, comme tous les gros, cuisinait très bien."
Même si on comprend très bien la phrase, même si c'est une image, et bien ce n'est pas très joli ni agréable à lire. Ce que je veux dire c'est qu'en elle-même la phrase n'est pas délicate alors que tu t'es efforcé d'utiliser un vocabulaire soigné et léger pendant tout le reste du texte. De plus, et ce même si ce n'est pas l'intention, on a presque l'impression que cette phrase est méchante. Tu es gros, donc tu cuisines bien. Cause conséquence impliquant que tu cuisines bien car tu aimes manger car tu es gros.
Enfin bref, même si je sais très bien que ce n'est pas ce que tu sous-entendais, c'est ainsi que cette phrase m'est apparue de prime ^^

Et deuxième critique, mais l'avis peut être tout à fait ignoré : un professeur d'université a le statut d'enseignant-chercheur, c'est-à-dire que pour la majorité, ils le sont devenus après un doctorat. C'est- à dire bac+7. Puis il faut passer et réussir un concours de maître de conférence, et un autre d'enseignant chercheur. De plus, l'enseignant chercheur est affilié au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche ; un professeur d'Université n'enseigne pas au lycée. Techniquement.
Ce qui m'amène à ma dernière critique : l'âge de ton personnage. 31 ans, sachant qu'il a bac+7 avec un ou deux concours, plus le fait d'être engagé... Et à la Sorbonne en plus ! Je trouve qu'il est un peu jeune pour autant de prestige ^^
Ah, et un enseignant chercheur doit quatre heures de cours magistraux et quatre (ou six, je sais plus) de travaux dirigés à l'université dans lequel il est. En plus d'être chercheur à côté.
Bref, le statut d'enseignant université/lycée c'est pas possible normalement ><


Vuala, tu auras remarqué que ce ne sont pas des critiques sur la forme mais sur le fond, donc pas trop difficilement remaniables ^^ et pour la forme, et bien... Chapeau ^^ ce fut une agréable lecture qui a fait naître un petit sourire au creux de mes lèvres fatiguées =p

Sur ce, je vais me coucher ^^"

[et Skyward Sword, j'ai essayé chez Youri, et c'était merveilleusement merveilleux.]
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Message  Le maitre du jeu le Dim 4 Déc - 0:17

Merci pour vos critiques fort constructive. Sur le style qui ne correspond pas aux péripéties, il y a péripéties et péripéties...Pensez-vous donc que Gabriel Poine soit fait du bois dont on fait les héros?

Sur le "Comme tous les gros, cuisinait bien"...Oui, c'est méchant. Oui, c'est une basse généralité passablement grossière et infondé. Mais on parle ici d'un personnage de roman. Et c'est justement pour ça que j'ai écrit ça comme ça. Ça me fait plaisir que tu mette le doigt dessus. J'ai retravailler ce passage particulier plus de fois que le reste. Je n'ai pas à être gentil avec mes personnages!

Et sur le point de détail: C'est un fait, Gabriel Fort, modèle du personnage, était prof en Sorbonne ET prof de latin à Charlemagne. De plus, mes profs de prépas donne des cours en université, donc on peut être à la fois prof de lycée et d'université. Et surtout, tu croit vraiment que c'est ça qui importe, le réalisme? J'écrit un roman, pas une thèse sur l'enseignement. Je te renvoi donc chez Maupassant: "les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes"

Enfin voila. Je vous propose donc la suite et la première "péripétie" de mon roman...Et ne vous inquiété pas, mon histoire va quelque part.






L'essentiel était que sa vie se déroule sans anicroches. Il ne voulait que traverser son existence comme un musicien virtuose parcours une partition facile et connue. Pas de contre-temps, pas de triolets ou de doubles croches dans cette partitions là. Des blanches et des noires, parfois des silence pour respirer un peu.
Gabriel Poine glissait ainsi dans au travers de la vie, heureux, satisfait, et priant chaque jours pour que rien ne change. Et se caractère placide était essentiel au bon fonctionnement du cercle d'amis de la rue des Blanc-Manteaux. Il était le point fixe dans leur univers. Comme un rocher que dont on connait chacune des aspérité pour l'avoir escaladé des centaines de fois, Gabriel était toujours le même, toujours au même endroit, toujours égal à lui même. Il avait endossé ce rôle d'abord par nécessité: André était toujours sur les routes à cause de son métier, Michel se battait avec l'écriture et il lui arrivait de disparaître plusieurs jours dans son appartement, ne répondant plus ni au téléphone ni au coups de sonnettes, et Romain n'acceptait personne dans son appartement propret et parfaitement rangé. Ainsi, son trois pièce-cuisine était devenue le lieu de rassemblement attitré de la bande. Et il s'était tellement plut dans se rôle qu'il il tenait maintenant comme à toutes ses autres habitudes. Avoir du monde chez lui le ravissait: faire la cuisine pour tous, prendre part à la conversation en criant à travers la cloison de sa cuisine adoré, descendre chercher une bonne bouteille à la cave et remonter juste à temps pour croiser ses invités dans le hall, voilà qui le mettait en joie. Les diners du jeudi était par ailleurs un des rare éléments d'aventures dans sa vie. En effets, il ne pouvait jamais prévoir avec certitude comment allait se comporter ses amis. Il y avait certes des chose incontournable, des moment clés – le débat sur le cinéma de la Nouvelle Vague, les histoires d'André sur ses dernières aventures « sentimentales »,la cigarette que Gabriel n'arrivait jamais à rouler et qu'il fumait en toussant, en se mettant systématiquement de la cendre dans les yeux ou encore le moment de silence qui suivait l'arrivée du café – mais il y avait toujours un part d'imprévue qui était profondément excitante.Michel viendrait-il, serait-il bougon ou joyeux? Romain serait-il virulent ou placide? André fumerait-il la pipe ou le cigare? Parlerait-on de ceci ou de cela?
Bref, chaque jeudi soir était une aventures, épuisante et passionnante pour Gabriel. Heureusement le vendredi soir et ses endives au jambons arriverait bien vite pour remettre sa vie en ordre d'équerre. Gabriel affectionnait d'autant plus ce cahot dans la course parfaitement lisse de sa vie qu'il était prévu à l'avance et se répétait à intervalle fixe. Parfois,même – suprême frisson! – le diner du jeudi était annulé au dernier moment. Alors la vie de Gabriel basculait dans une délicieuse anarchie: Que faire de toute cette nourriture? Et cette bouteille de rouge ouverte qui ne serait jamais bue? Heureusement qu'il savait parfaitement gérer la situation: Il congelait tout ce qui pouvait l'être et portait ce qui ne le pouvait pas au Restaurants du cœur. Et on remettait ça au jeudi suivant.


Or il advint un jour qu'André ne vint pas. Ou plutôt il ne prévint pas qu'il ne venait pas. Que Michel, sans prévenir, décidât de ne pas venir, c'était imprévu – quoique Gabriel et les autres commençaient à le connaître suffisamment pour anticiper ses crises de misanthropie – mais c'était normal. Mais André, lui était là. Où il n'était pas là. Il prévenait, il planifiait, il organisait, bref il faisait ces mille petites choses que, selon Gabriel, permettait de réussir une soirée. Même un retard, fusse-t-il de quelque minutes, suffisait déjà à « tous compliquer ». Et si il y avait bien une chose que Gabriel n''aimait pas, c'était que les choses deviennent compliquées, qu'il y ait des « complications ». Qu'un élève s'avise, au moment de rendre un devoir, d'arguer qu'il n'avait pu le finir à temps suite à « des complications » et le professeur Poine perdait son sourire affable et refusait le délai qu'il accordait normalement de bonne grâce. Le seul mot ,
« complications », avec tous ses « c » et ses « on », l'horrifiait profondément, à tel point que si des « complications » étaient annoncées dans les titres à la radio, il éteignait aussitôt le poste et prenait son journal. Et si – Comble du malheur! – les « complications » le poursuivaient jusque dans son journal, il se passait des nouvelles de la journée.
André qui ne vient pas, en voilà une drôle de complication! Lui si ponctuel, si fiable, si précis! Définitivement, quelque chose n'allait pas. On l'appelât. Il ne répondit pas. Malgré tout leurs efforts, Michel et Romain ne parvinrent pas à rassurer Gabriel. « Il aura été bloqué dans les embouteillage en revenant de sa dernière mission » disait Michel en roulant sa cigarette. « Mais non! Il ne travaillait pas hier ni aujourd'hui! », répliquait le maître de maison « Une de ses...amoureuses? Maitresses?...Aventures! Une de ses aventures l'aura retenu. » proposait Romain « HA! Faire passer une...fille avant nous? André? Sans prévenir? Jamais! ». Ils avançait ainsi milles hypothèses et Gabriel, avec le génie propres aux anxieux, présentait autant de réfutations. L'heure de l'apéritif passa, il s'inquiétait. L'heure de l'entrée passa, il s'angoissait. L'heure du plat principal passa, et interdisant à Michel et à Romain de toucher la moindre saucisse sèche sans André, il tournait dans sa tête des idées plus noires les une que les autres. L'heure du dessert passa, et alors que ses deux compagnons calmait leur faim avec le seul bout de pâté qu'il avait bien voulu leur accorder, lui était au bord de l'apoplexie. Minuit – L'heure du café – sonna, et alors que Romain subtilisait discrètement des tranches de jambon et un pot de rillettes dans la cuisine, que Michel roulait une nouvelle cigarette et que Gabriel tentait pour la énième fois de joindre le disparu au téléphone, André entra. Il portait comme d'habitude un vieux sweat-shirt brun sous un blouson de cuir élimé et tirait tranquillement sur sa pipe et soufflait la fumé au travers de son épaisse moustache. Comme si de rien n'était , il alla accrocher son blouson sur le porte-manteaux avant de se retourner vers ses amis. Il s'arrêta net. Son regard passa de la table vide à Romain bouche bée, puis à Michel qui allumait sa cigarette en rigolant silencieusement, puis à Gabriel, le visage écarlate et le téléphone en main. « Le correspondant que vous demandez n'est pas disponible pour le moment... » égrainait la voix féminine dans le silence assourdissant. André sortit le tuyaux de sa pipe de sa bouche. « Bougre d'andouilles! Vous m'avez attendu! Mais c'est que j'ai déjà mangé, moi. ». Sans était trop pour Gabriel, qui lâcha le combiné, tomba à la renverse et eructa, comme frappé au coeur, non pas « Tu quoque mi filii! », mais « HA! Il a déjà mangé! » avant de s'évanouir.

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